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Le sacre du grand âge

La dame respectable impose le raffinement à l’anglaise, les tons acidulés et les chapeaux facétieux. Plus elle prend de l’âge, plus elle plébiscite les couleurs flattant son teint de rose anglaise. L’allure à la reine inspire sa petite-fille Beatrice. La princesse d’York fait reprendre une de ses robes pour son mariage. Effet vintage garanti. Les couturiers aussi regardent du côté de la Tamise. Tous exploitent son vocabulaire esthétique et accrochent des photos d’Elizabeth II sur leur tableau d’inspiration. Le style royal et les intemporels de Diana hantent les podiums, au gré des saisons. La marque de luxe Erdem qui habille la duchesse de Cambridge à la ville, reconnaît avoir trouvé le climax d’une de ses collections de prêt-à-porter en explorant les archives royales. Les clins d’œil sont sur toutes les scènes de la mode : tartan, veste matelassée, cape, jupe plissée, pantalon de selle, redingote, robe florale, pull Faire Isle, velours côtelé, inspiration chintz (du nom de ce tissu d’ameublement typiquement anglais), foulard, broche, sac à main, collier de perles, gants, chemisier victorien, loden, blazer, imperméable, twin-set…la …

Le chant du cygne du dressing

Dans son bureau de Buckingham, elle traite ses dossiers dans un silence de cathédrale pendant que passe la caravane des excentricités. Les dandys psychédéliques arpentent le macadam de Carnaby street. Les Chelsea Girl montrent leurs jambes dénudées par Mary Quant. La micro jupe de la princesse Anne créée le buzz. Sa mère ne dit mot. Il faut que jeunesse se passe. Les jupes royales restent de marbre, figées dans la longueur réglementaire. Forme trapèze, découpes hublots, col pelle à tarte, bottes blanches, teintes pétillantes, les classiques royaux empruntent aux codes des Seventies. Un témoignage avant-gardiste enrichit la galerie des portraits. Andy Warhol réalise une sérigraphie dans les tons pop. Mais rien n’y fait. L’icône de la cour tente de raviver la flamme en paraissant vêtue d’une tenue inhabituelle au gala des artistes. Sa robe arlequin déclenche une avalanche de critiques. Il faut se rendre à l’évidence : le style élisabéthain tombe en disgrâce. Les tenues old fashioned sont décrétées poussiéreuses. Les costumes de la maturité ne parlent plus aux jeunes générations. Le vestiaire ronronne. La reine …

Une reine en liberté

Hors représentation, elle s’invente ce style simple, comble du chic. La reine et le prince consort s’offrent  un portrait d’anniversaire célébrant les noces d’argent. Au premier plan, les éternels amoureux regardent dans la même direction. L’icône de la cour arbore sa tenue bucolique de prédilection: le col roulé et le pardessus en tweed, du nom de la célèbre rivière dans laquelle on rince les lainages afin de leur donner du moelleux. En arrière-plan, la nature écossaise indomptée sert de décor naturel. En twin-set, blouses, jupe pied-de-poule, coiffée d’un foulard noué façon fichu, elle se compose un vestiaire bien à elle. La couronne propose d’autres images campant une reine plus intime. Pendant que le prince Philip dispute un marathon, son épouse s’offre un quart d’heure de tendresse. Assise sur l’herbe, elle câline ses chiens. Ce jour-là, elle a choisi de porter un gilet au point irlandais, une jupe en tweed et une gabardine. Sur d’autres clichés qui font la une des magazines, Sa Majesté et sa meute canine se font tirer le portrait à Windsor. La …

Les années fastes

Le style rétro culmine dans les années 50. Les journalistes qualifient la reine d’Angleterre de bombe. Un ministre la compare à Greta Garbo. C’est l’époque du rétro, des jupes dansantes et des bibis. Grace Kelly, future princesse du Rocher, incarne la tendance. De nos jours, la série américaine Mad Men popularise les silhouettes seyantes sur le petit écran. Un enchanteur français est à l’origine de cette mode. A Paris, la rédactrice Carmel Snow s’extasie en découvrant la collection Christian Dior. Its new ! It’s new Look ! Dior agite sa baguette magique. Un style né qui va changer la mode. L’esprit de Dior est partout.  Le new look rompt avec la rigueur des années de guerre. Soyons fous ! Les jupes toutes en volume tourbillonnent, la taille s’étrangle, la femme devient fleur, corolle. Les princesses d’Angleterre assistent à une présentation privée. Elles sont sous le charme. Margaret insiste. La cadette veut une robe romantique. Son père obtempère : pas avant la majorité ! Le fardeau royal ne pèse pas sur ses épaules. Alors Margaret pousse les décolletés un peu plus loin, …

Reine arc-en-ciel

Evoquer le chapitre dédié à la couleur revient à ouvrir une boîte de chocolats et toffees Quality Street. Les toilettes royales sont autant de papiers colorés qui crissent sous les doigts gourmands. Un seul mot d’ordre : la visibilité. Jamais une tête couronnée n’aura autant mis en avant la couleur. Le « color block », Elizabeth II y a pensé bien avant la mode. Son règne est une véritable ode au technicolor. « Si je portais du beige, personne ne saurait qui je suis». Qu’elles soient pastel ou fluo, les toilettes illuminent les penderies royales. Les bookmakers misent gros sur les tonalités, les journalistes les associent à ses humeurs. Never complain, never explain. Au mariage de Kate et William, la souveraine est en jaune, la couleur des jours heureux. En tournée royale aux quatre coins du monde, la globetrotteuse (de nos jours, sa famille se déplace en son nom, eu égard à son grand âge) se rallie au panache des étendards. La reine Pantone recourt à des teintes stratégiques. On appelle cela la diplomatie du vestiaire. Un ensemble rouge …

Sac et umbrella

Le style est dans le sac. 1968. La France fait sa révolution. A Londres, Elizabeth II trouve le graal chez le maroquinier Launer. Elle jette son dévolu sur un réticule minimaliste, léger, dépourvu de fermoir et de compartiment dont les grandes anses permettent le porté main. La reine le tient comme avant, calé dans le creux du bras. Une fois adoubé, elle ne le quitte plus. Le modèle Traviata a ses faveurs. C’est l’un de ses plus fidèles compagnons de route. Le personnel du palais la voit traverser les interminables corridors munie de son royal it-bag. Sans lui, ses tenues lui semblent incomplètes. Le garder près d’elle la rassure. Il lui devient consubstantiel et elle s’en sert aussi pour communiquer avec sa garde rapprochée. Il se murmure qu’un langage codé aurait été mis au point avec les services secret dans le but d’éviter les situations embarrassantes. Sa Majesté a plus d’un tour dans son sac !  Passé d’un bras à l’autre, il signifie qu’elle souhaite mettre un terme à une conversation qui s’éternise. Un conseiller intervient sur …

Chapeaux bas

Cerises confites sur le pudding, les chapeaux ponctuent le show royal. Ils envoient des messages. Les tonalités et les accessoires sont de véritables armes de communication. On pourrait consacrer un chapitre entier aux bibis, béguins, toques, turbans. « Je dois être la seule femme au monde à porter encore le chapeau », reconnaît l’intéressée. Indeed ! Ils sont facétieux surtout dans les années soixante-dix. Encensés ou bien moqués, les mauvaises langues les comparent aux bonnets de piscine. Citons le farfelu spaghetti (Berlin), celui à parterre de pétales (Derby d’Epsom), l’envolée de papillons (Gernadier Guards), le pillbox en velours fuchsia (tunnel sous la Manche), le coquelicot power (Maroc) et les pompons plumes façon chrysanthèmes (Kyoto). Peu importe ce que l’on écrit, la grand-mère des princesses d’York ne coiffera jamais au poteau les bibis baroques de ses petites-filles Beatrice et Eugénie, étrennés aux noces de Kate et William. Si les toilettes de Sa Majesté sont discrètes, la fantaisie vient du chapeau. En 1977, un modèle exécuté dans la couleur préférée des fillettes, consacre le jubilé d’argent. La reine voit la …

Le manège à bijoux

Croire au pouvoir de l’accessoire est l’un de ses mantras. Ma’am réalise le rêve de toutes les femmes : plonger la main dans la cassette débordant de joyaux, l’un des plus grands trésors d’Europe. Ses pierres précieuses ont de quoi rendre jaloux le sapin de noël érigé au château de Sandringham. La liste des pierres précieuses vampant ses toilettes donne le tournis : broches jardinière Cartier, Carrington, Cullinan ( taillée en poire dans le célèbre diamant), nœuds hérités des reines Victoria et Mary, bijoux de cheveux, les bracelets Art Déco en diamants dessinés par le prince Philip et le modèle rose d’York, le colliers Dagmar de la reine Alexandra, celui en perles et diamants du jubilé d’or de la reine Victoria, les améthystes (collier et boucles d’oreilles) appartenant à sa trisaïeule, la fameuse Suite Victorienne en saphirs et diamants, présent de mariage de son père, ainsi que les parures offertes par le nizam d’Hyderabad et les rois Faisal et Khalid d’Arabie Saoudite, exécutées par le joaillier Harry Winston. Dans la vie de tous les jours, elle a …

Fur free

Déclinées en manteau, étole, cape, les fourrures sont un puissant marqueur de royauté, au grand dam des précurseurs de la protection animale. Celles d’Elizabeth II sont en renard, vison et zibeline. Enveloppée dans une fourrure blanche, elle rend visite au Premier ministre Churchill au 10 Downing street. En fourrure, elle procède à l’ouverture annuelle du Parlement. Devant 250.000 personnes massées dans le stade Old Delhi, elle délivre un discours, lovée dans une chauffeuse en vison blanc. En couverture du Time, on devine la fourrure rapportée sur une splendide robe de cour. Conviée au mariage de John Spencer, vicomte d’Althorp (père de la future princesse de Galles), Elizabeth II fait une entrée très photographiée à l’abbaye de Westminster. Ce jour-là, elle souligne sa toilette de cérémonie d’un opulent vison. La reine suit les tendances du moment et croit faire bonne impression en se rendant à une course hippique, calfeutrée dans une pelisse en peau de léopard. Des boots à petits talons accompagnent le manteau très controversé. Les défenseurs des espèces menacées montent aussitôt aux créneaux. Chaque …

Haute couture royale

Surtout pas de tralala ! La reine ne valide que les vêtements sobres, fonctionnels et seyants. Tout ce qui est ornemental est banni de ses armoires. De jour, elle calme le jeu, décline les tenues smart auréolées de perles fines. C’est ainsi que la souveraine veille aux affaires. Elle ne commande pas ses vêtements parce qu’elle les a vu dans Harper’s Bazaar. Sa garde-robe se veut avant tout pragmatique. La mode royale selon Elizabeth II renvoie l’image d’une reine appliquée et respectable, pas celle d’une fashion victim. Le dress code obéit à des règles strictes. Robes, tailleurs et manteaux ont pour unique fonction de la servir et de la mettre en valeur. Ils se doivent d’être sans chichis, pratiques et confortables. That’s it. Les fournisseurs lui soumettent leurs plus beaux coupons, de préférence unis. La cliente royale ne jette son dévolu que sur les étoffes qui ont de la main et qui ne se froissent pas. Elle doit être impeccable à sa descente de voiture. Diana, quant à elle, dût faire les frais d’une sortie de …