Jubilé de platine
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Haute couture royale

Surtout pas de tralala ! La reine ne valide que les vêtements sobres, fonctionnels et seyants. Tout ce qui est ornemental est banni de ses armoires. De jour, elle calme le jeu, décline les tenues smart auréolées de perles fines. C’est ainsi que la souveraine veille aux affaires. Elle ne commande pas ses vêtements parce qu’elle les a vu dans Harper’s Bazaar. Sa garde-robe se veut avant tout pragmatique. La mode royale selon Elizabeth II renvoie l’image d’une reine appliquée et respectable, pas celle d’une fashion victim. Le dress code obéit à des règles strictes. Robes, tailleurs et manteaux ont pour unique fonction de la servir et de la mettre en valeur. Ils se doivent d’être sans chichis, pratiques et confortables. That’s it. Les fournisseurs lui soumettent leurs plus beaux coupons, de préférence unis. La cliente royale ne jette son dévolu que sur les étoffes qui ont de la main et qui ne se froissent pas. Elle doit être impeccable à sa descente de voiture. Diana, quant à elle, dût faire les frais d’une sortie de carrosse toute froissée, le jour de son mariage.

Les couturiers coupent leur toile aux dimensions du mannequin de la reine. Perchée sur un tabouret, Elizabeth se prête au jeu des essayages. Les corgis sont de la fête. Hartnell ajuste, sculpte un drapé, supprime un faux pli, révise la profondeur d’un décolleté. Sa Majesté lui rappelle un point capital, à prendre en compte lors du processus créatif. Et tant pis si elle se répète ! Ses uniformes de travail doivent conserver une grande souplesse. Son rôle consiste à couper les rubans, inaugurer les ponts, dévoiler les plaques commémoratives, planter les arbres, baptiser les navires et saluer le peuple d’un geste généreux. L’intéressée mentionne un détail capital : les vêtements doivent surtout être faciles à ôter et ne doivent pas la décoiffer quand elle effectue plusieurs sorties dans une même journée.  Une seule personne a le droit de rabattre le caquet des couturiers. Et elle ne s’en prive pas ! Quand Margaret McDonald n’aime pas, elle le clame haut et fort. Elizabeth II et son ancienne gouvernante ont tissé une relation sincère. Mieux que personne, Bobo sait ce qui lui sied. Et la souveraine se fie à son jugement. Aussi les maisons de couture doivent elles composer avec elle. C’est acté.

Fournisseurs et couturiers viennent à elle, faisant défiler au palais leurs plus belles créations. Les mannequins aux poses affectées présentent le dernier-cri royal. Hartnell, maître incontesté du satin duchesse, s’applique sur les tournées officielles et les robes grand soir. Ce dernier n’hésite pas à enfreindre le protocole en lui faisant une proposition surprenante. Marylin Monroe doit être présentée à la reine. Elizabeth pense à un modèle constellé de strass mais le maestro n’est pas de cet avis. Il l’oriente vers une robe noire, plus rigoriste, sensée la démarquer de l’iconographie à paillettes des stars hollywoodiennes. La reine l’approuve, ajoute un collier haute-joaillerie. Une tiare surplombe sa coiffure, et le tour est joué.

Hartnell renoue avec le glamour. Pour elle, Il crée une splendide robe épaule asymétrique. On lui doit également l’ensemble boléro de dentelle et jupe de bal turquoise, arboré au mariage de la princesse Margaret. En janvier 1961, le maitre des atours se surpasse. Dans des soieries et shantungs rafraichissants, il invente le vestiaire des Indes Galantes. Manteaux évasés et robe aux couleurs de soleil couchant animent la gazette royale. Les tonalités safran, mandarine, lilas, fuchsia explosent, magnifiées par le ciel d’azur. Le soir, Sa Majesté frappe fort. Sa robe à traine pailletée, rebrodée de perles reprenant le motif de la fleur de lotus, éblouit les danseurs alignés à qui elle serre la main.

On appelle Hardy Hamies à la rescousse. Mieux vaut être prévenant. la souveraine couvre environ 300 engagements annuels. Et quand elle effectue une mission long courrier,  la mère de la nation voyage lourd ! Elle emporte avec elle pas moins de 100 tenues. Les préparatifs d’un Royal Tour mettent le palais de Buckingham en ébullition. Les employés s’affairent. Chaque pièce est soigneusement emballée dans du papier de soie sombre afin de protéger les couleurs de la lumière. Les cols et les endroits les plus fragiles sont rembourrés. Cela évite les heures de repassage à l’arrivée. Le sergent de la garde royale, maître des bagages, s’envole avant la reine. Les bijoux voyagent avec Sa Majesté.

Hamies hérite des tenues de ville. Il veut à tout prix en finir avec la robe bleue. C’est une couleur refuge qui rassure la jeune reine. C’est la couleur de ses yeux. Au baptême de sa fille Anne, l’heureuse maman assortit chapeau et toilette. L’oracle du vestiaire impose le gris : il imagine une robe de flanelle plissée soleil  vue au Remembrance Service. La reine est conquise. Elle quitte sa zone de confort mais reviendra au bleu à de nombreuses reprises. C’est un petit pas pour elle, un grand pas pour la mode royale, pense le couturier. En décembre 1957, elle prononce son premier discours de Noël. Les Anglais la voient dans le petit écran en noir et blanc, assise à sa table de travail, habillée d’une robe festive de facture rétro dont l’étoffe façonnée ressemble à un papier cadeau. Un point chiffonne encore le maitre de la garde-robe. Il ne supporte pas l’idée de voir certains de ses modèles gâchés par d’affreux chapeaux. Le grand couturier se met aussitôt en quête de la modiste idéale.

Prochain épisode : Fur free

4 Comments

  1. Aurelie says

    C’est vraiment un métier en soi d’être couturier attitré de la reine.
    Quelle patience.
    Merci Lynda pour ce nouvel épisode.
    Belle journée.

  2. Bernadette says

    Je commente peu mais je lis chaque article ou plutôt je dévore ! Et cette fois, je le fais, parce que Oui, je suis servie en ce moment et cela vous prend du temps. J’ai hâte de lire votre plume à chaque apparition de Kate ou d’un autre membre de la famille royale! Vous écrivez tellement bien que j’ai l’impression de les suivre pas à pas. Bravo pour la justesse de vos propos, toujours délicats, que ce soit sur Meghan (j aime aussi son style et sa beauté) ou n’importe quel sujet. Je suis admirative. Alors Lynda : Merci! Merci beaucoup !

    • Chère Bernadette, Quel beau témoignage. Je vous remercie infiniment d’avoir pris le temps de me l’écrire. Soyez la bienvenue dans le Boudoir. J’espère que vous apprécierez la suite de God Save The Dressing.
      Affectueusement
      Lynda

  3. Libellule says

    Une vie scandée par la Représentation….n”est pas une mince affaire…!!! L’oeil très averti de Lynda…nous fait pénétrer…les
    ambiances d’atelier et de voyage….vie privée ou …publique chaque détail est significatif…et les mots nous entrainent…dans la quête de perfection….!!! A demain…??????

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