Jubilé de platine
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Elizabeth II Regina

Lilibet devient princesse royale. Sur le portrait familial pris le jour du couronnement, le roi et la reine posent avec leurs enfants. Deux couronnes médiévales ornent les coiffures en boucles des princesses. La seconde prétendante au trône d’Angleterre emboîte maintenant le pas à son père … c’est le temps de l’apprentissage. Tailleurs et manteaux cintrés lui donnent de l’assurance. En a-t-elle besoin ? Force est de constater que la future reine a du répondant et le sens des responsabilités. A un officier de marine qui lui fait faire le tour d’un vaisseau et s’adresse à elle en la qualifiant de « ma petite dame », celle-ci répond derechef :

  • Je ne suis pas votre petite dame. Je suis la princesse Elizabeth ! Qu’on se le dise.

Au mariage de son oncle George, duc de Kent, un spécialiste du portrait de cour la photographie dans sa toilette de demoiselle d’honneur. La machine à rêve de la monarchie se met en marche. Il n’y a qu’à observer George VI et les siens, à l’heure du thé, pour prendre une leçon de chic et de maintien. La famille modèle passe au jardin. Les souverains et les deux princesses s’installent sur des sièges en rotin. La scène est à peindre. La capeline de la reine est posée délicatement sur son genou. Les robes d’Elizabeth et de Margaret sont parsemées de fleurs. Les Windsor composent une merveilleuse image d’Epinal.  

La nouvelle coqueluche du Royaume-Uni délaisse de temps à autre la panoplie jeune fille en fleur au profit de l’uniforme. On la découvre vêtue d’un blazer blanc à boutons dorés, portant un ravissant béret sur le côté. Sir Cecil Beaton l’immortalise dans son uniforme de colonel des Grenadiers. Sa casquette, décorée d’une grenade et d’une perle, devient un best-seller. Les filles de son âge réclament à leur mère une copie du « chapeau de la princesse ». La Elizabeth mania est en marche.

Aux heures sombres de la guerre, le roi unit la nation et met un point d’honneur à rester à Buckingham Palace sous les bombardements ennemis. Elizabeth fait les gros titres : elle s’engage. La princesse intègre la branche féminine de l’armée. Elle se spécialise dans la conduite et la réparation des camions. Les bougies d’allumage n’ont plus de secret pour elle. En pantalon de mécanicienne, les manches retroussées, elle plonge les mains dans le capot et explique à sa mère, venue lui rendre visite, comment s’y prendre en cas de panne. Le jour de la Libération, elle communie avec ses sujets, revêtue de sa tenue militaire kaki. Les dames de la cour ne portent pas le pantalon. Elles lui préfèrent les robes et les ensembles jupes. Ce vêtement masculin a mauvaise réputation. Il est jugé trop ordinaire et utilitaire. Les têtes couronnées préfèrent cultiver une apparence plus féminine. Elizabeth II enfilera même une combinaison de mineur pour descendre dans la mine. La légende nous dit qu’elle était en jean quand elle a appris le décès de son père. Sa Majesté porte l’uniforme militaire se composant de la tunique des Grenadiers et d’un pantalon lors des célébrations du Salut aux couleurs.

Cupidon décoche ses flèches. La princesse est amoureuse d’un viking officiant dans la Navy. Ce sera lui ou personne. Les parents capitulent. Les tourtereaux se font tirer le portrait. C’est à cette époque que Lilibet commence à s’intéresser à ce qu’elle porte. La fiancée sélectionne des robes en crêpe de soie, dont l’une pincée de petits nœuds a été portée au cours de la tournée en Afrique du sud (on recycle chez les Windsor) ; ainsi qu’un ensemble structuré veste à quatre poches et jupe plissée, coupé dans les lainages secs de l’après-guerre. Elle garde la main légère sur les bijoux. Tour de cou en perles fines, broche, fines boucles d’oreilles, rehaussent ses toilettes en douceur. La future reine se réserve pour le DDay.

Le privilège de réaliser la robe nuptiale revient au couturier en chef, Norman Harntell. C’est lui qui habille les princesses en crinoline pour les séances photos shootées dans un décorum précieux. Revenons à notre robe blanche. Les murs de l’atelier sont badigeonnés au blanc de Venise afin de préserver entier le secret. Solidaires, les jeunes filles de Grande-Bretagne envoient leurs coupons à la princesse héritière. L’intéressée les retourne poliment. Ce mariage d’amour arrive comme une bénédiction. Le peuple a besoin de féerie. La robe en satin duchesse rebrodée de cristaux et de près de 10.000 perles s’inspire du printemps de Botticelli. Elle symbolise le renouveau. Les fleurs emblématiques de la couronne et du Commonwealth y sont reportées. La mariée souligne son cou gracile de deux colliers historiques (l’un a appartenu à la reine Anne, l’autre à la reine Caroline, épouse du roi George II) offerts par son père. Sa grand-mère, la reine Mary dépose la tiare aiguilles dans sa corbeille de mariée. Le cadeau de granny n’est pas empoisonné mais il donne des sueurs froides à la promise. Le diadème se casse avant le début de la cérémonie. Le joaillier de la cour le répare illico.

La nouvelle mariée reste fidèle au style chic anglais. Et voilà que son ventre s’arrondit. Quelques clichés circulent. On ne remarque rien, mis à part qu’elle a fait élargir ses tenues.

Il faut attendre la maternité pour voir poindre un style nouveau, émancipé des standards maternels. Elizabeth a toujours trouvé l’inspiration dans sa famille. Son père lui inspire sa manière de conduire le royaume, sa mère ses classiques de bon ton. Jeune fille, elle hérite des vêtements de la reine remis à sa taille par des doigts de fées. On les rafraichit de détails qui lui rendent son âge et sa ligne svelte. Devenue mère, elle prend son envol.

Très affaibli par le cancer, George VI envoie sa fille et son gendre le représenter dans les dominions.  Margaret McDonald dite Bobo, ancienne nounou reconvertie en habilleuse, prévoit plusieurs tenues de rechange. Le programme est chargé, les conditions climatiques exotiques. Sous d’autres latitudes, Elizabeth d’Angleterre délivre le message royal et dévoile les grandes lignes de son vestiaire. Robes légères, corsages d’organdi, jupes amples, toilettes de cocktail se disputent la vedette. La saharienne, le pantalon et les pataugas sont réservés aux expéditions de brousse. Est-ce un oubli ou une façon de conjurer le mauvais sort ? Les bagages ne contiennent aucune tenue de deuil. La tradition veut que les Windsor emportent toujours avec eux un vêtement symbolique, au cas où. Le destin précipite son cours. Le prince Philip décrypte le message Hyde Park Corner à son épouse. Le roi est mort. A Londres, Sir Winston Churchill s’inquiète : « Ce n’est qu’une enfant ».

 Sur le tarmac, l’avion coupe ses moteurs. Les photographes arment leurs appareils afin de capturer les premiers instants du règne. A son bord, la passagère attend sa toilette noire. Une frêle silhouette descend la passerelle, sanglée dans une épure de manteau noir. Les Britanniques voient la chrysalide devenir papillon et le papillon devenir reine.

« Voilà une image que je ne pensais jamais voir », soupire George VI, en essayant la couronne de St Edward, dans la série culte The Crown. Sa fille, qui rêvait d’une vie « ordinaire »  au milieu des chiens et des chevaux, accepte la charge et se voue corps et âme à son pays.

Ce n’est pas la dernière production de Cecil B. DeMille mais un vrai couronnement. Par le truchement du petit écran et sur Zadok the Priest de Haendel, l’hymne des Hanovre dont descendent les Windsor, Sa Majesté s’invite dans les cottages vêtue du manteau d’hermine et de velours. Son sacre est retransmis en mondiovision, contre l’avis de Churchill. Les idées progressistes du prince consort ont porté leurs fruits. Avec le couronnement s’ouvre l’ère élisabéthaine. La somptueuse robe rebrodée des symboles floraux du Royaume-Uni et du Commonwealth (rose Tudor, chardon écossais, trèfle irlandais, fleur de narcisse, feuille d’érable, fougère, lotus) est signée Norman Hartnell. Helena Rubinstein créé un rouge bleuté mis en valeur sur le portrait du sacre. A l’instar de sa robe de fiançailles, la souveraine remettra celle du couronnement pour d’autres occasions.

La nouvelle souveraine signe pour une vie d’abnégation et de représentation. La vêtir relève du défi. Les couturiers obéissent à un lourd cahier des charges définit par l’étiquette. Les créations doivent restituer la présence de la reine au peuple, la respectabilité de la fonction, sa pesanteur, son histoire. Les ourlets ne valsent pas à la cour d’Angleterre : Elizabeth II adopte la longueur sous le genou. Le vent ne s’engouffre pas sous ses jupes. On les leste à l’aide de petits plombs. Si ses congénères affichent leurs charmes, Sa Majesté ne dévoile que ses épaules, magnifiées par des décolletés bateau. De nuitée, un voile de tulle les recouvre…pudeur oblige. Ses bras graciles sont gantés de blanc, une ceinture met son tour de taille en valeur.

Prochain épisode : Haute couture royale

11 Comments

  1. Aurelie says

    Très chère Lynda, ce que vous nous offrez depuis dimanche est un roman historique remarquable avec comme point commun la reine Elizabeth II et l’évolution de sa garde robe.
    Tout est en finesse.
    Je me régale.
    Mille mercis et bravo pour votre plume et votre travail. Je vous embrasse

    • Chère Aurélie, votre message me touche beaucoup. Je garde un excellent souvenir de ma fidèle lectrice de Belgique.
      Je vous dis à demain pour d’autres aventures.
      Affectueusement

      • Aurelie says

        Oh merci. Votre réponse me touche aussi. J’espère qu’un jour on se rencontrera autour d’une tasse de thé 😉

  2. Libellule says

    Quelle bonne idée….Lynda de nous inviter dans l’intimité de vie d’ELIZABETH au travers de sa garde-robe..! Dressing support de sa communication enjouée…et sans frontières…affirmant la puissance d’une vraie présence Féminine …!!! et ce avec une écriture…qui sait revisiter la nostalgie du passé…dans un style…très contemporain….!
    Vite ….un nouvel épisode..!!!! A demain….!!!!

  3. Marion says

    Mon grand-père précisait même que le satin duchesse de la robe de mariée provenait d’ateliers lyonnais (de la maison CJ Bonnet)…
    Merci pour cette belle rétrospective!

  4. Chère Lynda, quelle bonne idée en effet, un plaisir quotidien !
    Et merci du parti pris de ne raconter cette épopée qu’à travers les mots, sans images. On se laisse aller à vagabonder et reconstituer ces tenues en rassemblant ses souvenirs. Un délice !

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